La nutrition à son niveau supérieur

Epigénétique et TDAH ( Trouble du Déficit de l’Attention avec Hyperactivité)

Les chercheurs concentrent maintenant leur attention sur les causes épigénétiques  (au lieu des causes génétiques) des troubles neurodéveloppementaux comme  le TDAH et l’autisme. Ce changement dans l’effort de recherche est important parce que contrairement aux mutations génétiques, les changements épigénétiques sont réversibles et modifiables faisant espérer des traitements efficaces.

Les médicaments conventionnels ne sont pas conçus pour agir au niveau des changements épigénétiques. Jusqu’ici, la recherche a montré que seule la nutrition et un style de vie sain ont la capacité de reprogrammer les dérégulations épigénétiques du génôme et de renverser les changements épigénétiques associés aux troubles neurodéveloppementaux, aussi bien qu’ aux maladies chroniques liées à l’âge.

 

QU’EST-CE QUE LE TDAH?

Notre compréhension du TDAH a augmenté à pas de géant au cours des 30 dernières années. Ce qui a commencé comme un trouble de l’impulsion hyperkinétique- le symptôme primaire étant une excessive hyperactivité – au cours du temps est passé au trouble déficitaire de l’attention et met l’accent sur les problèmes d’inattention, puis sur le fonctionnement et plus tard encore sur le fonctionnement exécutif. Aucune de ces interprétations n’était fausse, en soi: chaque ensemble des symptômes soulignés est une partie distincte et importante du désordre que nous appelons maintenant  TDAH. Mais les facettes ont été mal intégrées les unes aux autres et ont ainsi peint une image incomplète d’une condition très complexe.

Maintenant, les chercheurs comprennent que le TDAH est avant tout un trouble de l’auto-régulation. L’auto-régulation tisse toutes les anciennes théories du TDAH en une seule image cohérente. C’est aussi l’auto-régulation qui permet aux humains de gérer les impulsions, d’engager ou de désengager l’attention, et de naviguer entre des réponses délibérées et automatiques à différentes situations. La capacité d’auto-régulationtion est gérée à travers le cerveau de manière hautement interconnectée: des noeuds cérébraux similaires régulent à la fois l’attention et l’émotion – et lorsqu’un domaine ne fonctionne pas bien, les autres souffrent aussi.

Les plus récentes théories du TDAH ne se concentrent donc pas sur une seule zone «sous-performante» du cerveau, comme l’ont fait d’autres. On comprend maintenant que le TDAH se manifeste lorsque les neurones échouent dans les communications et les connexions toujours changeantes entre plusieurs zones du cerveau. La recherche émergente suggère également que ces rides neurologiques peuvent être conduites par l’environnement autant (ou plus) que par les gènes.

Ce nouveau cadre offre une vision beaucoup plus nuancée et complexe du TDAH, mais il offre également de l’espoir: si les symptômes du TDAH peuvent être aggravés par des causes environnementales, ils peuvent aussi être améliorés par eux. Lisez la suite pour savoir comment.

 

DE LA GENETIQUE A L’EPIGENETIQUE

Les chercheurs savent depuis longtemps que le TDAH peut être transmis génétiquement. Mais l’idée que nous pouvons trouver le gène unique responsable du TDAH et le « réparer » est maintenant dépassée. La plus récente théorie sur le TDAH, en tant que trouble principalement lié à l’auto-régulation, s’appuie sur quelque chose appelé épigénétique.

L’épigénétique se réfère à des traits biologiques ou à des changements qui ne peuvent être expliqués par le code génétique d’une personne. Les mécanismes épigénétiques créent effectivement une marque physique sur l’ADN lorsqu’une personne subit une expérience importante, qu’elle soit positive ou négative. Ces marques – qui peuvent être des molécules de méthyle ajoutées, ou une queue d’histone modifiée – ajustent la fonction du gène de l’individu, modifiant ce que les gènes font ou à quel point ils s’expriment. En un mot, l’environnement et les expériences affectent le développement et le comportement d’un humain de manière durable – en modifiant les régions de l’ADN, avec des effets qui peuvent durer toute une vie.

Comment ça marche?

Cela commence par les gènes – les éléments constitutifs de qui nous sommes et de qui nous devenons. Mais à partir de la conception, tout le monde est exposé à différentes toxines et avantages environnementaux – et après notre naissance, des entrants psychologiques comme le stress, l’adversité et même le traumatisme commencent à compter. L’épigénétique prend cette contribution et l’utilise pour changer la façon dont les gènes sont exprimés – la portée d’un gène n’est pas entièrement connue jusqu’à ce que l’environnement et l’histoire personnelle soient pris en compte.

 

EFFETS ENVIRONNEMENTAUX SUR LE TDAH

L’épigénétique peint une vision beaucoup plus compliquée du TDAH, mais aussi beaucoup plus optimiste. Les gènes ne déterminent pas uniquement le sort d’un individu. En fait, bien que les gènes puissent rendre quelqu’un plus enclin à certaines maladies ou troubles, y compris le TDAH, tout le système génétique est très dynamique et répond aux influences extérieures. Cela signifie qu’il est possible de modifier l’expression des «gènes ADHD» d’une personne en effectuant certains changements environnementaux.

Une recherche épigénétique crédible et solide confirme ces assertions. Une expérience a été faite sur deux embryons de souris génétiquement identiques et, pendant le stade prénatal, ont nourri leurs mères avec un régime incluant l’élément toxique bisphénol-A (BPA). Le régime d’une des mères a cependant été complété par des nutriments comme la choline, l’acide folique et le B12; cette souris a ensuite pu éviter les effets négatifs du BPA, y compris l’obésité et un risque plus élevé de cancer. Ce phénomène s’explique par l’épigénétique: les nutriments supplémentaires ont pu « désactiver » les gènes qui répondent au BPA et ainsi protéger la souris de ses effets nocifs.

Une autre expérience, celle-çi impliquant des humains, a testé si prendre un supplément d’oméga-3 pendant la grossesse aurait un impact sur les capacités d’attention de l’enfant à venir. L’étude a révélé que les enfants dont les mères avaient reçu au hasard le supplément avaient une attention plus forte à 6 et 12 mois, et ont plus tard des capacités mentales mieux développées que les enfants dont la mère n’avait pas pris le supplément. Étant donné que cette expérience a été randomisée et que l’effet a été si grand, les chercheurs ont pu déterminer un effet causal – et encore une fois influencé par l’épigénétique. Les colorants alimentaires, les conservateurs artificiels et le plomb ont donné des résultats similaires: l’introduction de chacun dans l’environnement pré ou post-natal d’un enfant avait des effets réels et causaux sur son attention, son hyperactivité et sa régulation émotionnelle.

Des expériences semblables ont été faites sur le stress et l’adversité – et comment l’exercice peut contrecarrer ces effets négatifs. Une expérience a placé des rats dans une situation stressante pour une période de temps chaque jour, ce qui a entraîné des changements épigénétiques significatifs sur leur état de santé. Cependant, lorsque ces mêmes rats ont également été autorisés à faire de l’exercice – tout en subissant le stress – les effets négatifs sur le cerveau ont été complètement éliminés. L’étude a fourni un exemple clair de la façon dont l’exercice peut inverser les effets nocifs sur le cerveau d’une expérience négative de début de vie.

 

QUE FAIRE MAINTENANT?

Cette recherche suggère que les changements de mode de vie peuvent aider à compenser les effets des gènes de TDAH activés par des facteurs génétiques, chimiques, alimentaires ou autres. Une recherche plus épigénétique est nécessaire, mais certaines choses sont claires: la supplémentation en oméga-3, l’exercice aérobie et la gestion du stress peuvent avoir des effets positifs réels sur les symptômes du TDAH chez les enfants et les adultes.

Petits ou grands effets? Certains changements, comme la réduction de la quantité de télévision qu’un enfant regarde chaque jour, ont de très petits effets sur les symptômes du TDAH – seulement légèrement perceptibles dans la vie quotidienne de la famille. D’autres, comme l’augmentation de l’apport en oméga-3 ou l’introduction d’une activité physique, ont des effets significativement plus grands – jusqu’à deux ou trois fois plus grands que la réduction du temps d’écran.

Les chercheurs recommandent maintenant que toute personne atteinte de TDAH suive ces stratégies:

  1. L’ activité physique. Il existe des preuves solides et convaincantes que l’exercice profite au développement et à l’attention de l’enfant. En fait, l’exercice peut inverser les symptômes négatifs du TDAH chez les adultes aussi. Il devrait s’agir d’une stratégie de traitement régulière.
  2. Dormir. Le sommeil est nécessaire pour reconstruire le cerveau et le corps, et pour améliorer les compétences en matière d’attention et promouvoir l’apprentissage. Obtenir une somme correcte de sommeil réparateur peut améliorer les symptômes de toute personne atteinte de TDAH.
  3. La gestion du stress. Le TDAH contribue au stress pour toute la famille et crée souvent un cycle malsain entre les parents et les enfants, ou entre les conjoints. Apprendre à gérer le stress en tant que famille – soit par la vigilance, l’auto-assistance, soit par la thérapie – arrêtera ou ralentira les changements épigénétiques négatifs dans le cerveau qui aggravent les symptômes du TDAH.

Des changements simples, comme plus d’exercice ou la prise d’un complément alimentaire avec Oméga-3, peuvent avoir des effets réels et durables sur les symptômes du TDAH d’un individu, c’est-à-dire que les gènes ne scellent pas votre destin.

 

1 Dolinoy DC, Huang D, Jirtle RL. “Maternal Nutrient Supplementation Counteracts Bisphenol A-Induced DNA Hypomethylation in Early Development.” PNAS, vol. 104, 2007, pp. 13056–13061.
2 Colombo, John, et al. “Maternal DHA and the Development of Attention in Infancy and Toddlerhood.” Child Development, vol. 75, no. 4, 2004, pp. 1254–1267., doi:10.1111/j.1467-8624.2004.00737.x.
3 Stevenson, J, et al. “The Role of Histamine Degradation Gene Polymorphisms in Moderating the Effects of Food Additives on Children’s ADHD Symptoms.” The American Journal of Psychiatry, vol. 167, no. 9, Sept. 2010, pp. 1108–1115.
4 Kashimoto, R.K., et al. “Physical Exercise Affects the Epigenetic Programming of Rat Brain and Modulates the Adaptive Response Evoked by Repeated Restraint Stress.” Behavioural Brain Research, vol. 296, 2016, pp. 286–289., doi:10.1016/j.bbr.2015.08.038.

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